La protection de la vie privée ne peut plus être un espace protégé fondé sur l'intention de l'auteur dès lors que la modalité technique de diffusion ou l'outil utilisé neutralisent le caractère privé de l'échange.
Blanchard, vous ciblez la présence de collègues comme le pivot du basculement vers le manquement professionnel. Pourtant, c'est la modalité technique de diffusion qui disqualifie le caractère privé. Une story Snapchat n'est pas une conversation de nature privée. Une décision d'espèce l'a souligné : « Les témoins qui ont visionné les images mentionnent que la video a été 'postée sur le réseau social Snapchat' et postée en ' story' de sorte qu'il ne s'agit pas, comme le soutient la salariée, d'un simple envoi personnel à quelques destinataires mais bien d'un envoi accessible à plusieurs personnes » (CA, 17e ch., 31 mai 2023, n° RG 21/01681).
Leclerc, vous privilégiez l'intention de confidentialité de l'auteur. Mais cette intention est neutralisée par la présomption liée à l'outil. Si le salarié utilise un téléphone professionnel pour des échanges dont le contenu est en rapport avec son activité professionnelle, le caractère privé est écarté par la présomption de caractère professionnel de l'outil. La Cour de cassation l'a précisé : « les messages litigieux, qui bénéficiaient d'une présomption de caractère professionnel pour avoir été envoyés par le salarié au moyen du téléphone mis à sa disposition par l'employeur pour les besoins de son travail et dont le contenu était en rapport avec son activité professionnelle, ne revêtaient pas un caractère privé, la cour d'appel a exactement déduit, peu important que ces échanges ne fussent pas destinés à être rendus publiques, qu'ils pouvaient être retenus au soutien d'une procédure disciplinaire » (Cass. soc., 11 déc. 2024, n° 23-20.716).
Je sais que vous pourriez objecter, Leclerc, que l'identification explicite comme "personnelle" protège le message (Cass. com., 10 fév. 2015, n° 13-14.779). Mais la réalité technique l'emporte souvent sur la simple étiquette.
Rousseau, vous insistez sur la nécessité de prouver un abus, mais l'architecture de l'outil transforme déjà l'échange en diffusion. Enfin, Aziz, vous avez raison sur la preuve. La CJUE est claire : un juge peut utiliser des données obtenues en violation de la vie privée si elles sont nécessaires à la finalité poursuivie.
Dès lors, comment peut-on encore parler d'intimité quand le support même est conçu pour la diffusion ?